PAROLE D'EXPERT - "Comment je suis devenu néo-agri"

Ingénieur de formation, Bruno Macias a cofondé l’association Néo-Agri, qui promeut l’installation de nouveaux paysans dans des modèles agro-écologiques. Lui-même reconverti il y a huit ans en arboriculture, il en a tiré une expérience précieuse. Bruno en fait profiter la formation Hectar Tremplin pour conseiller les futurs entrepreneurs agricoles.

Vous avez été mentor de plusieurs projets de la formation Hectar Tremplin. Qu’avez-vous voulu apporter aux apprenants ?

Les projets d’installation étaient variés : maraîcher, pépiniériste, paysan-boulanger… Mon objectif était de stimuler et challenger les porteurs pour mesurer la viabilité économique de leurs projets. Avec une partie plus technique : business plan, dimensionnement, diagnostic territorial, commercialisation… Moi-même, j’ai vu de nombreux modèles, évolué pendant plus d’un an sur une vingtaine de fermes. Cela me permet de les orienter, en accord avec leurs valeurs, même si je n’hésite pas à les renvoyer vers d’autres professionnels. Il y a des besoins pour surmonter les barrières de l’installation. J’en ai même fait un livre* en 2016 avec ma compagne, celui qu’on aurait peut-être voulu lire avant de nous lancer !

En parallèle de votre activité d’accompagnement en France, vous êtes installés dans le nord de l’Espagne : quelles différences observez-vous entre les deux pays ?

Il y a des problématiques semblables des deux côtes des Pyrénées, avec des métiers agricoles qui n’attirent plus et ont du mal à se renouveler. Même si l’image de l’agriculture a tendance à s’améliorer en France, moins en Espagne où la population agricole est encore plus âgée sur des exploitations trois fois plus petites en moyenne. Il reste un cadre commun aux deux pays, la législation européenne, avec l’autonomie propre aux provinces espagnoles. Les acteurs de l’installation y sont concentrés dans les chambres d’agriculture alors qu’ils sont plus éclatés en France. C’est un avantage si vous êtes porteur de projets alternatifs, vous trouverez côté français un tissu associatif proche de vos valeurs pour vous aider.

Vous pratiquez l’arboriculture : quels seraient vos conseils sur cette filière en particulier ?

Comme toute installation, elle doit être bien préparée en amont. Il faut être solide pendant la phase de démarrage, établir un business plan qui intègre le décalage de revenus si vous ne reprenez pas un domaine qui fonctionne. Et donc avoir un travail à côté le temps de la première récolte, qui peut prendre de 2 à 7 ans. Il faut aussi diversifier pour ne pas être dépendant d’une seule variété, éviter ainsi les aléas des conditions climatiques et des maladies sur une monoproduction. Cela permet également d’étaler les périodes de récolte dans l’année. Un dernier conseil : identifier les bons pépiniéristes locaux !

* « Néo-paysans, le guide (très) pratique » avec Sidney Flament-Ortun. 3e édition 2020. Éditions France Agricole

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