L'INTERVIEW HECTAR : Pour Hervé PILLAUD, "l'entrepreneur agricole du 21ème siècle sera créatif, gestionnaire, engagé !"

"L’entrepreneur agricole du 21ème siècle devra se mettre en position de créateur d’entreprise et non de repreneur d’une exploitation. Il devra être en position proactive afin de s’assurer de la responsabilité de ses décisions."

Consultant et auteur de “Cultivons l’avenir ensemble (ré)concilier agriculture et société” (LFA éditions, 2021), Hervé Pillaud aime à se définir comme un “Militant actif pour la cause agricole”. “Je crois en la capacité de l’homme à surprendre l’avenir”, explique t-il. “Je vibre et me nourris des expériences et des connaissances de chacun... parfois même de leur ignorance. J’aime un monde à parfaire, mais j'espère en un monde à admirer. Je crois en ces jeunes talents que je suis si fier d’accompagner de ma Vendée natale jusqu’au cœur de l’Afrique. Ils me donnent autant d’amour et de reconnaissance que de fil à retordre.” Nous lui avons adressé le questionnaire HECTAR... 


1. Selon vous, l'entrepreneur agricole du 21ème siècle sera... ?


Créatif – gestionnaire – engagé ! L’entrepreneur agricole du 21ème siècle devra se mettre en position de créateur d’entreprise et non de repreneur d’une exploitation. Il devra être en position proactive afin de s’assurer de la responsabilité de ses décisions. S’engager sur son territoire et sa chaîne de valeur, communiquer avec son écosystème seront des gages de réussite. La performance en agriculture plus que nulle part ailleurs ne s’obtient jamais seul mais en interaction avec ce qui l’entoure : c’est ainsi que la notion d’environnement (naturel, économique et humain) prend toute sa dimension.  


2. Quels sont selon vous les 3 indicateurs d'une gestion responsable et durable d'un projet agricole ? 


La gestion responsable d’un projet agricole doit être appréhendée de façon systémique prenant en compte des indicateurs économiques, environnementaux et de travail. Sur le plan économique, la maîtrise des coûts de production est je pense fondamentale. De tous les enjeux environnementaux, celui de l’empreinte carbone doit en premier attirer notre attention. Enfin, le calcul de la pénibilité (si tant est que l’on puisse la chiffrer) est sûrement un des indicateurs le plus important pour inscrire l’efficacité de l’entreprise dans le temps. Calcul des coûts de production, de l’empreinte carbone et évaluation de la pénibilité sont donc à mon avis les trois indicateurs les plus importants à prendre en compte.


3. Citez-nous un ratio économique clé pour bien gérer sa ferme ?


Un bon ratio doit prendre en compte l’analyse écosystémique de l’entreprise capable de renforcer l’entreprise sur la durée et éviter le désalignement avec les objectifs fixés sur l’ensemble des composantes : économiques, environnementales et sociales. Pas facile dans ces conditions de citer un ratio sans tomber dans une analyse manichéenne. Un ratio associant l’EBE et l’empreinte carbone représente une piste intéressante à condition qu’il soit reconnu et valorisé, ce qui nécessite la valorisation des externalités positives de l’agriculture sur le plan environnemental.  


4. Si vous aviez un conseil à donner à un candidat ou une candidate aux métiers agricoles, ce serait lequel ? 


Ne vous attendez pas à découvrir un jardin d’Éden, la nature est bien souvent ingrate mais si vous savez lui donner le meilleur de vous-même et collaborer avec ce qui vous entoure (à commencer par les hommes) elle saura parfois vous le rendre et la satisfaction sera alors au-delà de vos espoirs. En agriculture une réussite n’est jamais solitaire ! 


5. Citez une personnalité inspirante rencontrée sur votre parcours / un mentor ? 


Ma vie n’a été faite que de belles rencontres, sans doute parce que le temps fait oublier les autres mais si je devais ne citer qu’une personne, ce serait mon ami Vincent Blanchet avec qui dans les années 90 nous avons déplacé non pas des montagnes mais des masses d’eau grâce à un système très novateur de réalimentation des milieux naturels permettant à la fois d’assurer l’irrigation (et la rentabilité) sur 30 exploitations de notre commune tout en préservant l’environnement. Il nous a quitté le 11 novembre 1997 et sa mémoire n’a cessé de me guider.   

 


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