Fabien BALAGUER - Association Française d'Agroforesterie : "Du bon usage des arbres en agriculture"

Rencontre avec un passionné, qui rappelle que si le terme « agroforesterie » a été forgé dans les années 70, il recouvre, sur les cinq continents, un ensemble de pratiques qui ont émergé dès les premières heures de l'agriculture.

Travailler pour l'agriculture, c'est ce que Fabien Balaguer a toujours souhaité, dès sa plus tendre enfance. Après un DUT d'agronomie, il emprunte une passerelle académique et entre à Montpellier SupAgro. Il se spécialise finalement en agroforesterie, par le biais d'un Master à l'Université de Bangor (Pays de Galles), la référence européenne dans ce domaine. Ses premiers pas l'emmènent en coopération en Afrique, « où l’on comprend immédiatement les défis qui se posent à l’agriculture, et les principes agronomiques pour y remédier ». Il perçoit à quel point l'arbre et la forêt sont au cœur des solutions pour l'avenir de l'agriculture occidentale, « tant pour construire une fertilité durable que pour mieux gérer les à-coups climatiques ». De retour en France, il s'engage auprès de l'Association Française d'Agroforesterie, qui s'est donné pour objectif, dès 2007, d'accompagner les agriculteurs vers une transition agro-écologique complète « du sol au paysage ». Aujourd'hui, Fabien Balaguer anime une équipe d'une vingtaine de personnes. C'est donc très naturellement que l'équipe d'HECTAR a sollicité ses conseils pour la mise en place de la ferme pilote, et pour le développement des modules d’agro-écologie appliquée qui seront intégrés aux cursus de formations.  

Rencontre avec un passionné, qui rappelle que si le terme « agroforesterie » a été forgé dans les années 70, il recouvre, sur les cinq continents, un ensemble de pratiques qui ont émergé dès les premières heures de l'agriculture.

Quels sont selon vous les défis auxquels fait face l’agriculture, française et européenne ? 

La monoculture et les méthodes intensives ont dégradé les sols et simplifié les paysages, au point que les rendements sont désormais impactés par d’importants dysfonctionnements naturels. Des baisses de productivité sont constatées partout, a fortiori dans les régions vallonnées, au sol superficiel et aux ressources en eau limitées. 

Les agriculteurs payent très cher cette course à la standardisation, stimulée par des investissements élevés. Et de manière tangible : dès qu’il y a une baisse de rendement, même « ordinaire », la rentabilité des exploitations est mise à mal. Produire coûte de plus en plus cher, car les sols et les écosystèmes fatiguent. On en vient à être condamné au rendement record tous les ans, simplement pour équilibrer les charges. Bref, on est au bout du système et il est désormais vital que l'agriculture restaure les cycles de fertilité. Les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à réagir et à venir vers nous. Nous essayons de répondre au mieux à cette augmentation exponentielle des attentes venues du terrain.

Comment l’agroforesterie peut-elle contribuer à des démarches de progrès chez les agriculteurs ?

L'agroforesterie consiste à remettre l'arbre et la couverture végétale dans le cycle de production agricole, en s'inspirant du modèle de la prairie et de la forêt. L'arbre amplifie la couverture des sols et les enrichit de multiples manières, par exemple en matière organique. Il joue un rôle d'amortisseur climatique et permet donc à la culture associée de mieux résister aux variations de températures, flux d’air ou régime hydrique. Ajoutons à cela que les arbres sont une ressource économique pour les fermes, car ils produisent des fruits, du bois (énergie renouvelable, amendement organique, matériau de construction) et même éventuellement du fourrage pour le bétail. Les pratiques agroforestières permettent d'amortir les « accidents de parcours », en augmentant, dans toutes les filières, la résilience agronomique et économique des systèmes. Par exemple, de plus en plus de viticulteurs travaillent à reconstruire un maillage paysager dans leur vignoble, pour atténuer les températures estivales qui deviennent extrêmes, de plus en plus tôt dans l’année. C'est aussi le cas en élevage. Prenons l’exemple de la poule pondeuse ou du poulet de chair : l’élevage en plein air de ces volatiles n’a pas beaucoup de sens si les zones de parcours mises à disposition des animaux s’apparentent à des déserts écologiques et climatiques, comme on le voit encore trop souvent. L’animal a besoin d'un environnement adapté à sa physiologie, où il peut gratter, s'ébattre, se sentir à l'abri des prédateurs et diversifier son alimentation. Au bout du compte, il produira des œufs et une chair de meilleure qualité, pour des charges mieux maîtrisées. 

Quels sont les enjeux de la formation professionnelle par rapport à ces impératifs de transition ?

La formation est le premier levier du développement agricole. Les agriculteurs savent que la transition est indispensable à leur survie, mais ils sont souvent isolés devant ce défi. Sauter dans l’inconnu n’est simple pour personne ; il est donc essentiel de les accompagner et de leur apporter les retours d'expérience de toute la communauté. Relier le savoir et les expérimentations, la science et les savoir-faire, c’est la clé. Les connaissances agroforestières sont très dispersées. Or, l’expertise, c'est d’abord l'expérience. A l'Association Française d’Agroforesterie nous capitalisons sur ces expériences et nous forgeons des thématiques de travail et de suivi avec les agriculteurs. Nous dynamisons un réseau qui s’élargit de jour en jour. C'est pourquoi nous nous considérons autant comme des techniciens que comme des animateurs. Chaque agriculteur, en fonction de son territoire et de sa filière, possède une pièce du puzzle. C'est à nous d'assembler tous les morceaux de solutions pour permettre une amélioration continue des pratiques. Nous jouons simplement un rôle d'accélérateur ; les experts, ce sont les agriculteurs. 

Que diriez-vous à des jeunes attirés par l'agriculture mais qui n’y connaissent rien ?

L’agriculture, c'est le premier métier de l'Homme, et c’est par définition un métier d'avenir, très gratifiant quand on tire son épingle du jeu. La transition agro-écologique exige une capacité de découverte et d'apprentissage infinie. Cela offre de multiples opportunités pour toutes les « bonnes volontés » qui passent par là. S’engager dans cette voie aujourd’hui, c’est rejoindre une dynamique collective, certes pleine de défis, mais aussi profondément passionnante, tant techniquement qu’humainement.



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