Julie RENOUX - Vétérinaire : "Chercher un équilibre entre l'animal et son environnement"

Les mécanismes naturels ont des vertus protectrices. Il faut retrouver cette stratégie du savoir et s'inspirer des équilibres naturels. Allons puiser dans le savoir ainsi que dans la connaissance des processus biologiques à l’œuvre dans la nature, et aidons-nous des innovations techniques. Je privilégie une vision intégrée, un écosystème dans lequel le cheptel est relié à son environnement.

Toutes les espèces animales, de la plus grande à la plus petite, intéressent Julie Renoux. Car cette vétérinaire, qui a fait sa thèse de doctorat sur l'alimentation des bovins en système extensif argentin, est tout à la fois capable de vous parler des pathologies des abeilles que de pratiquer une césarienne sur une vache. À la sortie de l'Ecole Vétérinaire de Toulouse, Julie Renoux a pratiqué pendant sept ans en zone rurale, en Bourgogne et en Normandie. Puis, la raréfaction des élevages qui laissaient la place à de vastes étendues de monocultures l'a poussée, en 2014, à changer de cap et à devenir vétérinaire conseil d'un groupement sanitaire départemental d'éleveurs. Là, elle a commencé à explorer les mécanismes de prévention.

"Ce qui m'intéresse c'est de chercher un équilibre entre l'animal et son environnement. Autrement dit, travailler à la résilience des systèmes d’élevage"

explique cette passionnée du vivant, qui apporte à Hectar sa connaissance pointue des grands animaux et sa volonté puissante de contribuer à la transition agroécologique de l'élevage.

Quelle est pour vous la priorité du métier de vétérinaire en milieu agricole ?

Ma conviction, nourrie de mon expérience en matière de prévention, c'est que nous devons d'un côté faire baisser la pression des pathogènes sur les animaux et de l'autre renforcer la capacité de résistance des animaux aux pathogènes avec des moyens existants. Eradiquer les micro-organismes, stériliser, mettre sous cloche, toutes ces pratiques relèvent d'une logique qui rend les éleveurs dépendants des intrants et qui in fine crée des déséquilibres. Allons d'abord puiser dans le savoir et dans la connaissance des processus biologiques qui sont à l’œuvre dans la nature, et aidons-nous des innovations techniques. Je privilégie une vision intégrée, un écosystème dans lequel le cheptel est relié à son environnement.

Qu'est-ce qui vous a attirée dans le projet HECTAR ?

La dimension d'innovation et de savoir m'a immédiatement inspirée. A la ferme des Godets nous avons conçu un système d’élevage orienté à la fois sur la production laitière et sur la production de viande. Nous appliquons une méthode qui consiste à favoriser la diversité végétale et animale, à exploiter les ressources disponibles et à limiter les intrants pharmacologiques, alimentaires et chimiques. C'est aussi une stratégie qui consiste à intervenir le moins possible sur l'animal. Ce projet s'inscrit très concrètement dans ma vision de la résilience par la connaissance. Le cycle des matières et les capacités de transformation des organismes vivants sont connus, documentés et ils contribuent à la robustesse d'un cheptel. Mettre ensemble céréales, pâtures et bovins c'est remettre de la vie sur un espace et nous allons pouvoir étudier cette osmose avec précision. Je pense par exemple à la question des microbiotes et de la flore digestive des ruminants ou encore à l'action des oligoéléments sur la santé des bovins, dans ce type de système. Il y a de multiples pistes à explorer.

Quels sont les enjeux de la filière bovine ?

Avec la deuxième révolution agricole, pour intensifier la production, le monde de l'élevage s'est engouffré dans un élan collectif d’intensification et de domination de la nature ; il a mis de côté un savoir-faire éprouvé par le temps qui s'appuyait sur les ressources et les mécanismes du vivant. Or ces mécanismes naturels ont des vertus protectrices. Il faut retrouver cette stratégie du savoir et s'inspirer des équilibres naturels. En somme réaliser du biomimétisme , c'est à dire utiliser les processus biologiques et les incorporer dans les pratiques. In fine on obtiendra des animaux plus résistants aux aléas. A cela il faut ajouter que le bien-être animal est un défi pour la filière.

Que diriez-vous à des jeunes qui voudraient s'installer comme éleveurs ?

Nourrir la population, s'occuper des animaux et être responsables de leur bien-être, de leur naissance à leur mort, c'est un belle responsabilité. Et il y a des solutions pour que le métier ne soit pas une servitude. Prenons un exemple : composer son cheptel avec un petit groupe de vaches nourrices , c'est une stratégie intéressante pour s'épargner le biberonnage des veaux. Ma conviction c'est qu'il faut se reconnecter au savoir d'un côté et tirer le meilleur parti des innovations technologiques de l'autre. C'est ce qui est enthousiasmant : retrouver des solutions que le vivant a toujours offertes et explorer les technologies les plus avancées. A cela il faut ajouter que les éleveurs de la prochaine génération redessineront les paysages car ce métier touche à l'aménagement du territoire.

Je leur dirais donc : vous serez les héros de demain.

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